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Pourquoi pas ?
Face à un comportement addictif, la première question est presque toujours la même : comment l’arrêter ? Gabor Maté propose d’en poser une autre, plus dérangeante peut-être mais plus féconde : de quelle douleur ce comportement tente-t-il de nous soulager ?
Médecin et auteur, référence mondiale sur l’addiction et le trauma, créateur de l’Enquête Compatissante, Gabor Maté a passé des années auprès de personnes confrontées à des addictions sévères. Dans sa Masterclasse, il tire une tout autre compréhension de l’addiction.
Deux explications dominent, et toutes deux, dit-il, passent à côté de l’essentiel.
La première voit l’addiction comme un mauvais choix, une faiblesse morale. Alors, on punit et les prisons se remplissent. Mais, rappelle Gabor Maté, personne ne se réveille un matin avec l’ambition de devenir dépendant. Personne ne choisit cela.
La seconde y voit une maladie du cerveau, largement héréditaire. Ce modèle est plus humain, car il n’appelle pas la punition. Mais pour lui, il reste inexact : les gènes n’y sont presque pour rien. Et surtout, il n’est pas utile, parce qu’il manque la nature réelle de l’addiction.
Sa définition est volontairement large. L’addiction se manifeste dans tout comportement qui procure un soulagement ou un plaisir temporaire, que l’on recherche, mais auquel on n’arrive pas à renoncer malgré ses conséquences néfastes.
Nulle part, dans cette définition, il n’est question de drogue. Cela peut être l’alcool ou l’héroïne, mais aussi le travail, les écrans, la nourriture, les jeux, les achats. La question n’est pas l’activité en elle-même, c’est le rapport que l’on entretient avec elle.
Plutôt que de demander à quoi une personne est accro, Gabor Maté pose une autre question : qu’est-ce que cela lui apporte, à court terme ? Les réponses qui reviennent sont presque toujours les mêmes : un soulagement du stress ; le sentiment d’être plus en lien, plus apaisé ou encore une douleur, un instant, anesthésiée.
Et là, il retourne la logique. Est-ce une mauvaise chose, d’être soulagé de sa douleur ? Non, c’est même profondément compréhensible. Or quelle maladie nous apporterait quelque chose de positif ? Si le comportement soulage, c’est qu’il répond à quelque chose. L’addiction n’est donc pas le problème principal ; elle est un problème secondaire.
Le problème premier, insiste-t-il, c’est l’inconfort que l’on éprouve avec soi-même : la douleur émotionnelle, le stress, la déconnexion, la perte de contrôle. Et si l’on remonte le fil de cette souffrance, on rencontre presque toujours quelque chose qui s’est passé, une blessure, un trauma.
Dans cette lecture, l’addiction est, à chaque fois, une tentative de résoudre un problème lié au trauma. Une solution, aussi coûteuse soit-elle. Les addictions, résume-t-il, commencent dans la douleur et finissent dans la douleur. Et leur source n’est pas à chercher dans les gènes, mais dans l’expérience vécue, souvent celle de l’enfance.
Cette façon de voir l’addiction change la manière d’écouter, de questionner, d’accompagner. Il permet de sortir du jugement et de la honte pour revenir à ce qui, chez la personne, demande à être vu et entendu. Car agir sur le seul comportement, pour Gabor Maté, ne suffit pas : c’est la blessure en amont qui appelle une attention.
Regarder l’addiction ainsi, ce n’est ni l’excuser ni la minimiser. C’est cesser de réduire une personne à son symptôme, pour comprendre ce que ce symptôme a tenté de protéger.
Approfondir ce changement de regard, c’est tout l’objet de la Masterclasse de Gabor Maté, Le fantôme affamé : une perspective biopsychosociale sur les addictions. En 1h30, il relie addiction, trauma et neurobiologie du développement, et met son approche en pratique à travers deux démonstrations de l’Enquête Compatissante.
Ce contenu est éducatif et ne remplace pas un accompagnement médical ou thérapeutique.
Médecin et auteur et conférencier, spécialiste de l’addiction, du trauma, du développement de l’enfant et du lien entre stress et maladie.
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