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Quand quelque chose nous effraie, l’un de nos instincts les plus fondamentaux est de nous tourner vers l’autre.
Chez le tout-petit, cet élan prend notamment la forme de ce que Linda Thai appelle le « cri d’attachement ». Thérapeute somatique, trauma-thérapeute, conteuse et formatrice, elle a exploré cette réponse de survie lors d’une conférence durant le Sommet Trauma, Attach(e)ment & Resilience 2024 organisé par Quantum Way. Elle y décrit, pas à pas, ce qui se déclenche dans le système nerveux lorsque ce mouvement vers l’autre ne rencontre aucune réponse.
Notre système nerveux comporte plusieurs branches. Au sein du système parasympathique, Linda Thai présente le vagal ventral comme la branche mammifère la plus récente sur le plan de l’évolution. C’est à cette branche qu’elle relie notre instinct inné de nous tourner vers les autres en cas de détresse, petite ou grande.
Chez le tout-petit, cela prend une forme très concrète. Une peur surgit et fait émerger ce que Linda Thai appelle le cri d’attachement : l’enfant pleure, cherche l’adulte du regard, guette si quelqu’un a remarqué que quelque chose ne va pas.
Si un adulte accordé est là et répond, le système nerveux de l’enfant peut revenir vers un état vagal ventral. Et surtout, il développe peu à peu la capacité à traverser une activation en sachant que quelqu’un pourra y répondre avec lui.
Certains d’entre nous, précise-t-elle, ont appris à inhiber ce mouvement vers l’autre. Cela ne veut pas dire que l’instinct a disparu.
Si personne ne répond au cri d’attachement, le système nerveux ne se calme pas pour autant. Il continue de monter en activation, jusqu’à franchir ce que Linda Thai nomme un seuil.
Au-delà de ce seuil, explique-t-elle, le système nerveux bascule en activation sympathique : combat, fuite ou figement. À partir de là, une cascade se déclenche, sans que nous en soyons conscients et sans que nous puissions la contrôler.
Le premier mécanisme est particulièrement parlant. En temps ordinaire, le rythme cardiaque varie avec le souffle : il augmente à l’inspiration et diminue à l’expiration. Linda Thai compare le frein vagal ventral qui participe à cette régulation aux freins d’un vélo.
En mode survie, ce frein se désengage. Vous inspirez, le rythme cardiaque augmente. Vous expirez, mais il reste élevé. Selon Linda Thai, c’est un signe concret que quelque chose s’est réactivé dans le système nerveux.
En parallèle, l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien entraîne la sécrétion d’adrénaline, de cortisol et d’autres hormones liées au stress. La tension artérielle peut rester élevée, tandis que l’organisme se prépare à fuir ou à combattre. Tout cela est au service de la survie.
La proprioception, c’est notre capacité à percevoir la position de notre corps dans l’espace, y compris en mouvement.
Exemple concret — Vous êtes assis à table au petit déjeuner. Vous fermez les yeux et vous savez exactement où se trouve votre tasse, assez précisément pour la porter à votre bouche. C’est la proprioception.
Cette perception peut devenir plus difficile après un trauma, notamment lorsque la personne se sent déconnectée de son corps.
Formez-vous avec Linda Thai
Dans son programme Stratégies de régulation du système nerveux et pratiques somatiques, Linda Thai approfondit cette cascade d’activation, de figement et de dissociation, ainsi que les manières de travailler avec ces états en pratique.
Le troisième niveau est notamment consacré aux réponses d’attachement interrompues et aux pleurs d’attachement restés sans réponse.
En mode survie, Linda Thai explique que les aires de Broca et de Wernicke se mettent hors ligne. La première est impliquée dans l’articulation de la parole ; la seconde dans l’interprétation des sons comme du langage auquel nous pouvons donner du sens.
Les conséquences sont très concrètes. Les phrases se raccourcissent, deviennent plus tendues, parfois proches de demandes ou d’ordres. Et de l’autre côté, ce qu’on nous dit ne nous parvient plus de la même manière. Linda Thai le résume avec une onomatopée : ça fait « wa wa wa ».
Dans ces moments-là, la capacité à être en relation avec soi-même comme avec les autres se met elle aussi hors ligne. Le cerveau limbique s’active, avec des émotions de survie comme la rage, la peur, la terreur ou la honte, tandis que le cortex préfrontal devient moins disponible.
Situer ce qui se passe dans le temps, replacer l’instant présent dans une histoire ou tenir compte de la personne en face devient alors beaucoup plus difficile.
Dans cet état de survie, une dissociation peut également apparaître : la personne se déconnecte de son corps, du temps — quel jour, quel mois, quelle année ? — et du lieu où elle se trouve.
Là encore, souligne Linda Thai, cette réponse est au service de la survie. L’attention se resserre sur ce qui se passe dans l’instant présent.
Elle explique que le cerveau peut alors inonder le corps de cannabinoïdes endogènes, c’est-à-dire produits par l’organisme, auxquels s’ajoutent l’adrénaline et le cortisol. Ces substances ont notamment un effet analgésique : elles contribuent à atténuer ce qui est ressenti dans le corps afin de permettre à la personne de faire ce qui est nécessaire pour survivre.
Si personne ne vient rétablir la sécurité, l’activation peut continuer de monter.
D’abord vient la panique, qui alimente l’élan de fuite. Mais une évaluation très rapide, en dehors du raisonnement conscient, signale parfois que fuir aggraverait la situation, pour soi ou pour les personnes que l’on laisserait derrière. L’impulsion de fuite est alors inhibée.
Si l’activation se poursuit, la rage peut émerger et soutenir la réponse de combat. Là encore, le système détecte en une fraction de seconde que combattre ne fonctionnera pas, que l’on est trop petit ou que cela risquerait d’aggraver encore la situation. Cette impulsion est à son tour inhibée.
Vient alors la terreur, puis le figement. Linda Thai décrit cet état comme le fait d’être coincé entre ses besoins et ses peurs, entre ses besoins et les peurs de l’autre, entre ses peurs et les besoins de l’autre.
Comprendre cette cascade aide à modifier le regard que l’on porte sur ces réactions. Ce qui peut ressembler à une perte de contrôle, à une réaction disproportionnée ou à une incapacité à parler ne relève pas simplement d’un défaut de volonté ou de caractère.
Pour Linda Thai, il s’agit au contraire d’une neurophysiologie remarquable, entièrement organisée au service de la survie.
Son propos rappelle aussi combien la sécurité relationnelle compte : lorsqu’une réponse accordée est possible, le système nerveux peut progressivement retrouver un état plus régulé.
Pour explorer concrètement ces mécanismes et apprendre à travailler avec eux, Linda Thai propose son programme Stratégies de régulation du système nerveux et pratiques somatiques, en français, destiné aux professionnel·les de la santé mentale comme à toute personne souhaitant approfondir ces mécanismes.
Il aborde notamment l’autorégulation ascendante, la corégulation, l’élargissement de la fenêtre de tolérance et la conscience intéroceptive.
Enseignante et thérapeute, elle est spécialisée dans le traitement des traumas développementaux complexes.
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