Les 8 sens : comprendre ce que le trauma vient perturber

Thérapies & Trauma 7mn
le jeudi 17 septembre 2026

Nous avons appris très tôt que nous avions cinq sens. Ruth Lanius propose d’élargir cette lecture à huit sens, en y ajoutant le sens vestibulaire, la proprioception et l’interoception.

Pour Ruth Lanius, le lien d’attachement commence avant même la naissance et les premières expériences sensorielles y occupent déjà une place importante. Deux sens sont alors particulièrement actifs in utero :

  • Le toucher, d’abord, à travers le liquide amniotique que le fœtus perçoit autour de lui ; 
  • Et le sens vestibulaire, celui de l’équilibre : le fœtus est bercé chaque fois que sa mère se déplace. 

Ces deux sens se développent donc très tôt. La vue, l’ouïe, l’odorat et la proprioception, déjà présents avant la naissance, s’affirment davantage par la suite. Notre expérience sensorielle du monde commence ainsi bien avant que nous venions au monde.

Aux cinq sens familiers — la vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat et le goût — Ruth Lanius en ajoute trois :

  • Le sens vestibulaire, notre sens de l’équilibre.
  • La proprioception, qui nous renseigne sur la position des différentes parties de notre corps dans l’espace.
  • L’interoception, qui nous permet de percevoir ce qui se passe à l’intérieur de notre corps.

Ces trois sens, moins connus, occupent une place importante dans la manière dont Ruth Lanius aborde les effets du trauma sur l’expérience corporelle.ue vos systèmes nerveux ne disposent pas, à cet instant, de la même disponibilité pour la relation.

Ruth Lanius : présente le sens vestibulaire comme le sens fondamental sur lequel les autres s’appuient.

Pourquoi ? Parce qu’il nous permet de déterminer notre centre de gravité et de ressentir que nous sommes littéralement tenus et soutenus par la terre. Selon elle, lorsque ce centre de gravité est fragilisé, il devient plus difficile de se sentir soutenu et en sécurité.

C’est pourquoi elle considère que le trauma peut avoir un impact important sur ce sens fondamental.

La proprioception, c’est notre capacité à percevoir la position de notre corps dans l’espace, y compris en mouvement.

Exemple concret — Vous êtes assis à table au petit déjeuner. Vous fermez les yeux et vous savez exactement où se trouve votre tasse, assez précisément pour la porter à votre bouche. C’est la proprioception.

Cette perception peut devenir plus difficile après un trauma, notamment lorsque la personne se sent déconnectée de son corps.

Cet article donne un aperçu de ce que Ruth Lanius développe dans Les voies sensorielles de la guérison du trauma et de la dissociation, un programme clinique en treize parties, dont une entièrement consacrée aux fondations sensorielles de la sécurité et de la menace.

L’interoception, c’est ce que nous captons à l’intérieur de notre corps. Est-ce que je sens que j’ai soif ? Que j’ai faim ? Que j’ai besoin d’aller aux toilettes ? Est-ce que je ressens la douleur ?

Ces questions paraissent presque triviales. Elles ne le sont pas. Ruth Lanius explique que cette capacité peut être fortement affectée par le trauma et que l’on ne s’y intéresse pas assez. Certaines personnes sont si déconnectées de leurs ressentis corporels qu’elles ne reconnaissent plus certains de ces signaux élémentaires.

Elle raconte à ce sujet un moment qu’elle dit ne jamais avoir oublié.

Une patiente vient pour une évaluation, accompagnée de son petit chien. L’animal est agité : il aboie, bouscule sa maîtresse, ne tient pas en place. Ruth Lanius parvient à peine à poursuivre l’évaluation et finit par suggérer qu’il faudrait apaiser un peu le chien pour qu’elles puissent travailler. La patiente lui répond alors : « Je crois que mon chien me dit que je dois aller aux toilettes. »

Elle y va. Elle revient. Le chien se calme et reste tranquille jusqu’à la fin de la séance.

Ruth Lanius en tire une leçon d’humilité : l’animal avait perçu un besoin dont la personne elle-même n’avait pas conscience. D’où sa recommandation aux clinicien·nes, très concrète : demander à leurs patient·es s’ils savent reconnaître des signaux aussi élémentaires que la soif, la faim, le besoin d’aller aux toilettes ou la douleur.

Comment ces informations parviennent-elles au cerveau ? Dans le modèle qu’elle présente, Ruth Lanius explique qu’elles arrivent d’abord par les parties basses du cerveau. Celles qui viennent du corps remontent par la moelle épinière ; celles qui viennent de l’environnement passent d’abord par le tronc cérébral, à l’exception de l’odorat, qui pénètre dans le cerveau un peu plus haut.

Le nerf vague, précise-t-elle au passage, n’est que l’une des nombreuses voies par lesquelles les informations provenant du corps atteignent le cerveau. Il en existe beaucoup d’autres.

Ce niveau le plus bas du cerveau constitue, selon elle, un point de rencontre entre le cerveau, l’esprit et le corps. C’est aussi une région longtemps négligée parce qu’elle est difficile à étudier. Et c’est à ce niveau que se joue une évaluation décisive : les stimuli sensoriels sont-ils sûrs ou non ?

S’ils sont évalués comme dangereux, explique Ruth Lanius, nous restons dans les parties basses du cerveau et réagissons sans réfléchir. Face à une menace, cette rapidité est essentielle : faire intervenir le cortex prendrait plus de cent millisecondes.

Si les informations sont au contraire évaluées comme sûres, elles peuvent être intégrées à l’ensemble des autres niveaux cérébraux. Le cerveau peut alors mobiliser davantage les fonctions qui soutiennent l’ancrage dans le corps, les mouvements intentionnels, la régulation des émotions, la conscience du moment présent, la réflexion et la planification, le lien avec les autres ou encore la curiosité.

Autrement dit, dans le modèle présenté par Ruth Lanius, l’évaluation des informations sensorielles comme menaçantes ou sûres influence directement notre mode de fonctionnement à cet instant.

Toutes ces fonctions, souligne Ruth Lanius, peuvent être profondément marquées par le trauma. Mais elles ne disparaissent pas. Ce qui fait de nous des êtres humains n’est pas perdu, seulement altéré.

C’est là que son propos devient encourageant. Le cerveau conserve sa capacité à se transformer et elle insiste sur la possibilité de reconnecter progressivement ces différents niveaux cérébraux. Dans son approche, les sensations de sécurité jouent un rôle essentiel pour permettre au cerveau de retrouver davantage d’ancrage, de régulation, de réflexion et de lien avec les autres.

Ruth Lanius
Professeure de psychiatrie, elle possède plus de 25 ans d’expérience clinique et de recherche sur les troubles liés aux traumatismes.

Professeure de psychiatrie, elle possède plus de 25 ans d’expérience clinique et de recherche sur les troubles liés aux traumatismes.

Articles en lien

Théorie Polyvagale, Système Familial Intérieur, Mindfulness… Découvrez des contenus riches au sujet de tous nos thèmes essentiels !
Nous n'avons pas encore d’article sur ce sujet : promis, nous y penserons !
Nous sommes désolés, mais votre recherche n’a donné aucun résultat. Vous pouvez modifier vos critères de recherche pour trouver ce que vous cherchez.

Panier

Votre panier est vide.

Total 0,00