Héritage vivant du trauma : pourquoi le passé persiste

Thérapies & Trauma 5mn
le vendredi 21 août 2026

Et si ce qui vous pèse aujourd’hui n’était pas le souvenir de ce que vous avez vécu, mais ce que votre corps en a gardé ?

On se représente souvent le trauma comme un souvenir : un événement rangé quelque part derrière soi, qu’il faudrait raconter pour s’en libérer. Janina Fisher propose un autre regard. Ce qui hante, dit-elle, ce n’est pas tant le souvenir des faits que les mémoires sensorielles et corporelles : tout ce qui est resté inscrit, sous forme de trace, dans le système nerveux.

C’est cela, l’héritage vivant du trauma. Non pas un chapitre clos, mais un ensemble de réactions de survie encore actives aujourd’hui, profondément ancrées dans le corps, les émotions, les sensations.

Dans cette lecture, nos symptômes prennent la forme de parties. Et ces parties ne sont pas des vestiges : elles portent, au présent, l’héritage du trauma passé. C’est précisément ce qui maintient le trauma vivant des décennies après les faits, car ces parties se réactivent au moindre déclencheur du quotidien.

Janina Fisher donne l’exemple d’une patiente dont les parties restent convaincues que le monde est aussi dangereux maintenant qu’il l’était durant son enfance. Enfant, elle vivait effectivement dans un environnement menaçant. Mais aujourd’hui, ces parties la maintiennent confinée chez elle, persuadées que le danger rôde de l’autre côté de la porte.

Les parties portent ainsi une réalité qui fut vraie, à une époque, mais qui n’a souvent plus grand-chose à voir avec la vie présente de la personne.

Comprendre cela n’est pas un détail théorique. C’est, selon Janina Fisher, profondément libérateur.

Tant que l’on ne reconnaît pas ces parties, on a tendance à se retourner contre soi. Une émotion nous submerge et l’on en conclut qu’il y a quelque chose qui cloche chez nous. La honte s’installe, puis le désespoir, dans une spirale descendante où l’on se sent de plus en plus fautif. Le système médical, en accolant un diagnostic à chaque symptôme, vient parfois renforcer cette image de soi comme quelque chose de cassé.

Or, dit-elle, il suffit souvent d’observer qu’une émotion douloureuse, la honte par exemple, est le fait d’une partie, pour que tout se déplace. On cesse de s’autopathologiser. On se met en lien, autrement, avec ce qui nous traverse. Ce simple changement de point de vue représente, selon elle, une immense part du travail.

Il y a, dans la démarche de Janina Fisher, une conviction héritée de la psychiatre Judith Herman : le savoir sur le trauma ne devrait pas rester la propriété du seul thérapeute.

Lorsque le patient comprend ce qui se joue en lui, le déséquilibre de pouvoir s’atténue et la compassion envers soi peut grandir. « Je ne suis pas fou, je ne suis pas folle, je ne suis pas paranoïaque » : simplement, un déclencheur a activé une réaction, portée par une biologie qui cherche, à sa manière, à nous protéger.

C’est aussi pour cette raison qu’elle a conçu le workbook L’héritage vivant du trauma comme un manuel pratique, utilisable seul ou avec l’aide d’un thérapeute. Parce que beaucoup de personnes n’ont pas accès à un accompagnement, et parce que ce savoir, une fois partagé, aide déjà à alléger le fardeau.

Envisager le trauma comme un héritage vivant, c’est cesser de lire ses réactions comme des défauts pour les entendre comme la trace d’une survie. Un point de départ, bien plus qu’un aboutissement.

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