Rupture et réparation : quand l’autre n’est pas disponible

Thérapies & Trauma 8mn
le vendredi 11 septembre 2026

Après une dispute, une phrase de trop, un silence qui s’installe, quelque chose se referme entre vous. Vous voudriez réparer, tout de suite. Mais l’autre ne semble pas disponible pour cela.

On interprète souvent ce moment comme un refus : il ne veut pas en parler, elle me fait la tête. Deb Dana propose une autre lecture. Clinicienne spécialisée dans les traumas complexes, elle traduit depuis plusieurs années la Théorie Polyvagale (TPV) de Stephen Porges en un langage vivant. Lors du Sommet Trauma, Attach(e)ment & Resilience 2024 organisé par Quantum Way, elle s’est entretenue avec Florence Bernard sur ce qui se joue, dans nos systèmes nerveux, au moment des ruptures relationnelles.

Petit rappel des fondations. Notre système nerveux autonome se déplace entre trois grandes familles d’états : la connexion ventrale, le combat ou la fuite du sympathique, et l’effondrement dorsal

La neuroception désigne la manière dont notre système nerveux détecte, sans intervention consciente, les indices provenant de notre corps, de notre environnement et de nos interactions avec les autres.

La corégulation désigne la façon dont nos systèmes nerveux s’influencent mutuellement et peuvent se soutenir dans le retour vers davantage de sécurité. Trois principes à retrouver détaillés dans cet article.

Ce qui nous intéresse ici, c’est ce qui se passe quand ce lien se rompt. Une rupture relationnelle peut entraîner une dysrégulation : le sentiment de sécurité se fragilise et le système nerveux risque de basculer vers davantage de mobilisation ou de retrait.

Deb Dana rend ces états très concrets grâce à une image devenue emblématique : l’échelle.

  • Tout en bas, l’état dorsal est associé au retrait, à l’engourdissement, à une impression de vide ou d’absence.
  • Au milieu, l’état sympathique peut s’accompagner d’agitation, de colère, d’anxiété ou d’une urgence à agir.
  • Tout en haut, l’état ventral offre davantage de disponibilité pour penser, entrer en relation et percevoir la situation dans son ensemble.

Quand l’autre ne semble pas vouloir de la réparation, nous pouvons être tentés d’y voir une décision consciente : « Il ne veut pas ». Deb Dana invite à envisager une autre possibilité : son système nerveux ne se sent peut-être pas suffisamment en sécurité, à cet instant, pour s’engager dans la réparation.

Le refus supposé peut alors être regardé autrement, avec moins de jugement envers l’autre comme envers soi.

Deb Dana explique qu’en thérapie de couple, le travail peut commencer avec le partenaire qui dispose, à cet instant, d’un peu plus de régulation pour pouvoir ensuite se tourner vers l’autre et s’intéresser, avec curiosité, à ce qui se passe pour lui. Et lorsque ce partenaire se sent vu, entendu et compris, son système nerveux pourra à son tour gagner en sécurité. C’est à partir de cette sécurité retrouvée qu’il devient possible de revenir sur ce qui s’est passé.

La propre régulation du thérapeute participe alors à créer les conditions d’une plus grande sécurité pour les deux partenaires.

Dans la vie ordinaire aussi, disposer d’un peu plus de régulation en soi peut permettre d’aborder l’autre avec davantage de curiosité et moins d’urgence. Pour un point de départ pratique, notre article sur un exercice pour repérer vos signes de sécurité propose une exploration issue de son travail.

Vient ensuite le geste lui-même. Deb Dana en donne une formulation simple : reconnaître que l’on a causé une rupture, nommer ce que l’on a fait, puis dire que l’on est prêt à en parler quand l’autre le sera.

Il faut alors accepter que l’autre ne soit pas encore disponible. On ne peut ni provoquer ni forcer une réparation. On peut la proposer, laisser la porte ouverte et permettre à l’autre de revenir lorsqu’il se sentira disponible.

Deb Dana ajoute un repère précieux : si vous sentez qu’il faut absolument que la réparation ait lieu maintenant, cette urgence constitue parfois un indice de votre propre activation. Avant de relancer l’échange, il est alors utile de revenir à ce qui vous aide à retrouver davantage de régulation.

Cela suppose évidemment une relation où chacun peut se sentir en sécurité. Dans une relation où la sécurité fait durablement défaut, la priorité sera moins de réparer l’échange que de chercher du soutien et de réévaluer les conditions mêmes de la relation.

Approfondissez la Théorie Polyvagale avec Deb Dana à Paris

Les 20 et 21 octobre 2026, au Trianon, Deb Dana et Frank Anderson croiseront leurs approches du psychotrauma. Ces deux jours feront dialoguer la Théorie Polyvagale, le travail avec les parties et les neurosciences, en présentiel et en livestream.

Florence Bernard soulève un cas de figure que beaucoup reconnaîtront : la rupture ne vient d’aucun geste, mais du silence. L’autre se tait et, pour certaines personnes marquées par une histoire traumatique, ce silence peut devenir terrifiant.

Deb Dana l’explique par la neuroception : le silence a été détecté comme un signal de danger. L’état sympathique s’active et une interprétation peut surgir aussitôt : « elle ne me parle plus, elle ne m’aime plus ». Un scénario ancien est alors susceptible de se réactiver.

Dans certaines situations, le silence devient un signal de danger particulièrement puissant : il est imprévisible, ambigu et laisse beaucoup de place aux scénarios hérités du passé.

La sortie passe par la curiosité : que s’est-il passé pour moi, là, à l’instant ? Est-ce un signal de danger familier ? Puis : ma réaction est-elle nécessaire ici et maintenant ? Mettre cette réaction en conscience permet alors d’introduire un peu d’espace entre le signal de danger perçu et la réponse automatique qu’il déclenche.

Exemple concret — « Quand tu deviens silencieuse comme ça, cela réveille quelque chose d’ancien chez moi. » Et l’autre peut répondre qu’elle prenait simplement un temps de réflexion — ou reconnaître qu’elle-même s’était déconnectée.

Dans les deux cas, mettre des mots sur ce qui s’est passé permet de mieux comprendre les déclencheurs et les réponses de protection de chacun. Ces repères partagés pourront ensuite aider chacun à reconnaître plus tôt ce qui s’active lors d’une situation similaire.

Comprendre la rupture et la réparation à travers la Théorie Polyvagale, c’est ajouter une possibilité à notre lecture des silences et des refus : ce que nous interprétons comme un rejet peut parfois aussi traduire un système nerveux qui cherche à se protéger.

Pour explorer son travail à votre rythme, son livre Ancré est un excellent point de départ, et Mon journal de pratiques polyvagales prolonge cette découverte au quotidien. Retrouvez ses ouvrages aux Éditions Quantum Way ainsi que nos programmes en ligne consacrés à la Théorie Polyvagale.

Et pour la voir travailler en direct, Deb Dana sera à Paris les 20 et 21 octobre 2026, au Trianon, aux côtés de Frank Anderson, pour l’évènement Regards Croisés sur le Psychotrauma, en présentiel ou en livestream. Une occasion rare de voir sa manière de travailler avec la régulation et la relation, en dialogue avec l’approche de Frank Anderson.

Deb Dana
Pionnière de l’application de la Théorie Polyvagale dans sa pratique clinique, et pour l’avoir rendu accessible dans un langage clair.

Pionnière de l’application de la Théorie Polyvagale dans sa pratique clinique, et pour l’avoir rendu accessible dans un langage clair.

Frank Anderson
Psychiatre expert en traumatismes, conférencier reconnu dans le monde entier, formateur à l’IFS Institute et en psychothérapie basée sur les neurosciences.

Psychiatre expert en traumatismes, auteur et conférencier reconnu dans le monde entier.

Articles en lien

Théorie Polyvagale, Système Familial Intérieur, Mindfulness… Découvrez des contenus riches au sujet de tous nos thèmes essentiels !
Nous n'avons pas encore d’article sur ce sujet : promis, nous y penserons !
Nous sommes désolés, mais votre recherche n’a donné aucun résultat. Vous pouvez modifier vos critères de recherche pour trouver ce que vous cherchez.