Le syndrome post-Covid est-il un des symptômes du traumatisme ? – Lissa Rankin

Par Lissa Rankin

« Le traumatisme est peut-être la cause la plus évitée, ignorée, dépréciée, niée, incomprise et non traitée de la souffrance humaine. » Dr Peter Levine

Selon une étude récente du Lancet, 1/3 des personnes qui se remettent du Covid font état de séquelles psychologiques et/ou neurologiques. Une autre étude suggère que 7 personnes sur 10 qui ont été hospitalisées pour Covid ne se sont pas complètement rétablies cinq mois plus tard. Une personne sur cinq ayant survécu au Covid se retrouve avec un nouveau handicap, que nous appelons “long Covid”, et qui est probablement le même type de maladie post-virale que nous avons déjà observé à la suite d’autres types d’infections virales, comme le post-Epstein Barr. Les dix symptômes les plus courants du Covid long sont les suivants : douleurs musculaires, fatigue, ralentissement physique, altération de la qualité du sommeil, douleurs ou gonflements articulaires, faiblesse des membres, essoufflement, douleur, perte de mémoire à court terme et ralentissement de la pensée. Même si certains patients doivent encore faire face à l’ignorance de leur médecin au sujet du Covid long, ce dernier existe bel et bien, et il est en passe de devenir la prochaine grande crise de santé publique.

Étant donné que mon champ d’expertise médicale se concentre sur la manière dont le traitement des traumas et la guérison spirituelle agissent sur les pathologies chroniques difficiles à traiter, je suis interpelée. Je pense qu’il serait légitime de se demander si le Covid long pourrait relever du symptôme traumatique et répondre positivement à un traitement des traumas global.

Nous savons déjà que les agents pathogènes peuvent provoquer une réaction physiologique susceptible de déclencher des réponses de type auto-immune. Les maladies post-virales ne sont pas récentes, mais elles révèlent un énorme angle mort dans la manière dont la médecine conventionnelle aborde ces symptômes. Nous savons déjà que les virus peuvent rester silencieux – le virus de la varicelle, réactivé en périodes de stress psychologique déclenche un zona. D’après ce que j’ai lu sur le Covid long, il se comporte comme une maladie auto-immune, presque comme le post-Epstein Barr ou le Lyme chronique, qui sont également déclenchés suite à l’infection par un agent pathogène, et dont les symptômes peuvent persister après le traitement de l’infection. De mon point de vue, basé sur la connaissance du trauma, la maladie auto-immune est souvent une réponse à un traumatisme individuel, complexe ou collectif, un point de vue reflété par le docteur Gabor Maté, médecin de famille et psychothérapeute, dans son ouvrage « Quand le corps dit Non ».

Il ne s’agit pas de suggérer que le Covid long est uniquement une maladie psychosomatique, dans le sens où ce serait “tout dans la tête”. C’est l’infection par le virus lui-même qui sert de déclencheur, et les dommages causés à l’organisme et au système nerveux sont réels. Mais il se peut que ce ne soit pas le virus lui-même qui cause les symptômes du Covid long, car les tests Covid sont négatifs chez les patients atteints du Covid long. Le virus a disparu – ou peut-être est-il plus exact de dire qu’il est silencieux – mais un système immunitaire ultra sollicité et en mode détresse suite à un traumatisme ancien, peut faire le reste.

Est-ce le fait d’avoir le Covid qui génère le trauma ? Peut-être. Il est certain que le fait d’être infecté par un virus potentiellement mortel, pendant une pandémie mondiale, et de survivre à ce virus, tout ça constitue un traumatisme qui mérite d’être traité comme tel. Mais j’ai l’intuition que ceux qui souffrent du syndrome post-Covid avaient déjà un traumatisme non traité et/ou un stress chronique non reconnus avant d’avoir été infectés par Covid. Donc ajoutons les stress psychologique et physiologique liés à l’infection par le Covid à un traumatisme existant, surtout si les personnes ont été isolées, terrifiées et seules en unité de soins intensifs, cela amplifie et réactive le traumatisme antérieur.

En tant que médecin et suffisamment experte en matière de traumatisme et de son impact sur le corps physique, je serais curieuse d’avoir, pour les patients atteints du syndrome post Covid, une évaluation basée sur l’échelle des traumas infantiles – pas seulement les expériences négatives de l’enfance (ACE scores), qui sont des traumatismes situationnels, mais aussi les traumatismes développementaux et collectifs inclus. Je soupçonne leur charge traumatique préexistante d’être si élevée, que leur système immunitaire s’active de manière excessive lors d’une infection par le Covid.

Si l’on considère en particulier le type de traumatisme collectif que de nombreux patients atteints de Covid ont subit  – racisme systémique, colonisation des autochtones, stress lié à une maladie chronique préexistante, isolement social et solitude fréquents chez les personnes âgées, sans parler de l’impact de la pauvreté et de l’injustice financière sur le système nerveux – il semble logique que la population des survivants du Covid soit plus exposée au long Covid, si celui-ci est effectivement lié à un traumatisme.

Si cette hypothèse est vraie, alors un travail efficace de traitement des traumatismes pourrait être efficace et indispensable dans tout protocole complet et global du syndrome post Covid. Il conviendrait de ne pas le négliger, ou d’envisager le traitement par les seuls médicaments. Je n’avance pas que le traitement des traumas devrait être le SEUL traitement ; la médecine conventionnelle a des traitements susceptibles d’aider également, y compris la vaccination et le traitement des dommages que l’hyperréactivité auto-immune peut causer aux systèmes organiques et au système nerveux. Je dis simplement que nous ne devrions pas traiter uniquement les symptômes sans traiter également ce qui a pu prédisposer le patient à des séquelles à long terme. Sinon, le patient peut se relever d’un long Covid et finir par être de nouveau atteint par toute maladie à laquelle un système nerveux et un corps traumatisé prédisposent.

Nous savons déjà, grâce à l’étude* des patients atteints de polyarthrite rhumatoïde et à leur réaction positive au traitement des traumatismes par les systèmes familiaux internes (IFS), que la guérison des traumatismes peut améliorer certains symptômes de cette maladie auto-immune en particulier. Et de manière anecdotique, comme je l’ai découvert au cours de mes dix années de recherche sur la médecine sacrée, des maladies comme la maladie de Lyme chronique, la fibromyalgie, le syndrome de fatigue chronique et la dysautonomie répondent positivement au traitement des traumatismes alors que les autres traitements médicaux échouent souvent.

Le traitement des traumatismes, ainsi que la vaccination contre le Covid (qui semble aider 40 % des patients atteints de Covid long) permettront-ils de guérir le Covid long ? Nous ne le savons pas encore, mais compte tenu de la prévalence du Covid long et de la crise de santé publique que son impact entraîne, cette question mérite d’être étudiée scientifiquement plus avant. Parmi les méthodes permettant de traiter efficacement les traumatismes complexes figurent les systèmes familiaux internes (IFS), la thérapie intégrative avancée (AIT) et l’expérience somatique, entre autres. Des techniques telles que l’EMDR ou l’Emotional Freedom Technique (EFT) peuvent également être utilisées pour soulager les symptômes du traumatisme et peuvent être utiles lorsqu’elles sont ajoutées à d’autres psychothérapies complètes, telles que l’IFS, l’AIT, l’expérience somatique et la psychothérapie jungienne, mais à mon avis, elles ne devraient pas être considérées comme un traitement complet du traumatisme en soi, car elles ne permettent pas d’accéder à la racine, la première atteinte traumatique exprimée dans le symptôme actuel.

J’espère, en tant que défenseur de la guérison, que dans le contexte de cette grande crise de santé publique, le système médical ne va pas commettre son erreur habituelle : négliger et ignorer l’impact du traumatisme sur l’origine et le traitement des maladies physiques. Pour traiter le syndrome post Covid, nous devons au moins prendre en compte l’historique complet des traumatismes (y compris les traumatismes du développement, qui sont plus difficiles à dépister) et veiller à ce que les patients souffrant du Covid long et ayant un lourd passif traumatique puissent recevoir le traitement efficace dont ils ont besoin – idéalement sans attendre d’eux qu’ils paient de leur poche pour ce traitement.

Tant que nous ne tiendrons pas compte des traumatismes et que nous ne proposerons pas ce type de traitement véritablement holistique, nous ne prendrons pas soin des plus vulnérables et devrons revoir nos valeurs, non seulement dans le système médical, mais aussi en tant que culture.

Si vous, ou l’un de vos proches, êtes l’un de ces patients qui souffrent depuis longtemps du Covid, sachez que de nombreuses personnes parmi mes proches travaillent ensemble : L’auteur de « Quand le Corps dit non », Gabor Mate, MD, ainsi que le fondateur de l’IFS, Richard Schwartz, PhD, il y a aussi le psychiatre de Harvard et auteur de CURED, Jeffrey Rediger, MD, et puis le fondateur de l’AIT, Asha Clinton, PhD, l’équipe de l’expérience somatique, et d’autres personnes, tous sont à la pointe de la recherche sur le lien entre traumatisme et maladie, ils comparent leurs notes pour trouver des solutions à cette crise massive de santé publique. Dans l’organisation à but non lucratif dont je suis le fer de lance, Heal At Last, nous sommes également bien conscients que la mise au point d’un traitement des traumas et d’une guérison spirituelle abordables, accessibles, sûrs, flexibles, efficaces et culturellement adaptables sont profondément nécessaires en ce moment ; en particulier pour les survivants du Covid, mais aussi pour d’autres personnes souffrant de maladies chroniques que la médecine conventionnelle ne sait pas comment traiter. Nous y travaillons. Nous nous soucions de vous. Vous comptez. Votre souffrance compte. Nous vous portons dans nos cœurs et sommes tellement désolés de ce que vous vivez.

LA MISSION DE HEAL AT LAST :

Notre mission est d’utiliser la créativité pour rassembler les personnes qui se remettent d’une maladie, d’une blessure ou d’un traumatisme dans des cercles de guérison, de spiritualité, d’écriture, d’art, de musique et de connexion dans le but d’atténuer la solitude, de guérir les traumatismes et d’améliorer la santé physique et mentale, en particulier pour les personnes que la médecine conventionnelle n’a pas réussi à guérir. En utilisant la créativité et la musique comme portes d’entrée vers des techniques de traitement des traumas pointues, de guérison spirituelle et de médecine énergétique, nous donnons les moyens de guérir aux personnes et aux communautés de soin qui sont prêtes à plonger jusqu’aux causes profondes de la souffrance personnelle et collective.

Bien que les techniques de guérison de pointe soient devenues un luxe dans le monde d’aujourd’hui, nous pensons que la guérison et la transformation sont un droit de naissance pour tous et ne devraient pas être limitées aux personnes privilégiées. Heal At Last s’engage à apporter une inspiration créative, une intimité spirituelle et une connexion communautaire, ainsi qu’un travail de guérison profond à toute personne prête émotionnellement, psychologiquement et spirituellement à une transformation profonde, indépendamment de son statut socio-économique, de sa race, de sa préférence sexuelle, de son identité de genre, de son affiliation politique ou de sa religion.

Si vous souhaitez faire un don et participer à la collecte de fonds pour notre association à but non lucratif Heal At Last, nous avons maintenant le statut 501c3, vous pouvez donc faire un don exonéré d’impôts ici. Si vous souhaitez être averti lorsque nous recrutons pour nos formations de chefs de groupe ou si vous souhaitez participer à un groupe Heal At Last en tant que personne ayant besoin de guérison, inscrivez-vous sur notre liste de diffusion ici.

Je vous aime,

Lissa

PS : Pour écouter mon point de vue (et aussi celui d’autres personnes comme Dick Schwartz, fondateur de l’IFS, et Bessel va der Kolk, auteur de The Body Keeps The Score) sur la guérison des traumatismes et son lien avec le traitement des maladies médicales, inscrivez-vous au sommet gratuit Trauma, Attachment & Resilience ici.

Article issu du blog de Lissa Rankin