Mode survie : quand le corps ne sait plus qu’il est en sécurité

Thérapies & Trauma • 7mn
le jeudi 15 octobre 2026

Une rencontre amicale qui devient inquiétante. Une réunion de travail ordinaire qui met le corps en alerte. Rien, objectivement, ne menace, et pourtant le système nerveux réagit comme si un danger était là.

Notre système nerveux autonome régule une grande partie de nos fonctions automatiques : le rythme cardiaque, la digestion, la température du corps. Il participe aussi à notre survie. Il agit comme un système de détection interne, qui scrute en permanence notre environnement à la recherche de signaux de sécurité ou de danger.

Selon ce qu’il détecte, il va nous orienter vers trois grands états : la sécurité, où l’on se sent calme et relié aux autres ; la mobilisation, qui prépare à combattre ou à fuir ; l’immobilisation, lorsque le danger paraît si grand qu’on ne peut ni lutter ni s’échapper. Tout cela se produit automatiquement, sans que nous ayons à y penser.

Ces états ne servent pas seulement à répondre à une menace : ils nous orientent dans le monde, chaque jour. Un système nerveux régulé passe avec fluidité d’un état à l’autre : mobilisé et prêt à agir un instant, au repos et en récupération l’instant d’après.

Il peut aussi combiner plusieurs états. Lorsque nous jouons, par exemple, mobilisation et sécurité peuvent coexister. Auprès de nos proches, immobilisation et sécurité peuvent également aller de pair.

C’est cette souplesse qui nous aide à traverser le stress, à rebondir après un événement difficile, puis à passer à autre chose.

Le traumatisme et le stress chronique peuvent enrayer cette souplesse et maintenir le système nerveux bloqué en mode survie. Le système de détection se dérègle : il signale le danger en permanence, même lorsque nous sommes en sécurité. La vidéo le compare à une alarme qui annoncerait sans cesse un incendie, alors qu’il n’y a ni fumée ni flamme.

Vivre ainsi est épuisant. On développe alors parfois des stratégies d’adaptation : l’alcool, la nourriture, le travail, les médicaments ou le sexe. Autant de tentatives de régulation qui soulagent un temps sans pour autant éteindre l’alarme.

De nombreuses expériences peuvent être traumatisantes et affecter durablement le système nerveux : les chocs traumatiques (accidents, agressions, catastrophes) mais aussi les traumatismes développementaux ou relationnels, lorsque l’on grandit dans l’adversité, la maltraitance, la négligence ou le manque de sécurité. Le stress chronique, la pauvreté, la discrimination ou la violence peuvent également avoir un impact.

On a longtemps pensé le trauma comme un événement qui nous arrive. La vidéo en propose une autre lecture : le trauma est ce qui se passe en nous à la suite de ce qui nous arrive. Autrement dit, c’est notre réponse à l’événement, plutôt que l’événement lui-même.

À la fin des années 1990, une vaste étude menée par Kaiser Permanente et les Centers for Disease Control américains auprès de plus de 17 000 personnes s’est intéressée aux expériences négatives vécues dans l’enfance (ACE). Deux tiers des participants en rapportaient au moins une ; à partir de quatre, un risque accru de maladies cardiaques, de cancers ou de troubles addictifs était observé à l’âge adulte.

Cofondatrice du Polyvagal Institute, Deb Dana a largement contribué à rendre la Théorie Polyvagale accessible au-delà du monde de la recherche.

Les 20 et 21 octobre 2026, Deb Dana sera au Trianon aux côtés de Frank Anderson pour deux journées autour de la Théorie Polyvagale et du travail des parties, à vivre en présentiel ou en livestream.

Pour un enfant, la première priorité de survie est de s’attacher aux personnes qui prennent soin de lui. Lorsque ces personnes ne sont pas elles-mêmes sécurisantes et que l’enfant grandit dans une insécurité chronique, sa capacité à évaluer ce qui est sûr ou dangereux risque alors de se dérégler.

À l’âge adulte, celles et ceux pour qui l’intimité et le lien n’étaient pas vécus comme sûrs peuvent repousser, sans le vouloir, les tentatives de rapprochement. Ils recherchent la connexion, mais leur système nerveux la perçoit comme dangereuse. Le trauma pourra alors faire passer le besoin de protection avant le besoin de connexion : le système nerveux peut ainsi avoir du mal à distinguer un passé dangereux d’un présent sûr.

Le système nerveux est en mesure de réapprendre à se sentir en sécurité et ce réapprentissage est facilité par la présence des autres.

Nos systèmes nerveux s’influencent mutuellement : sans en avoir conscience, nous sommes sensibles à l’état des personnes qui nous entourent. C’est ce que l’on appelle la corégulation. Dans un troupeau, si un animal perçoit un danger, tout le groupe devient plus vigilant. De même, auprès de personnes stressées ou en colère, nous pouvons nous sentir davantage en tension ; auprès de personnes calmes, nous pouvons nous sentir plus apaisés.

Être en lien avec des personnes présentes, auprès desquelles nous nous sentons en sécurité, peut soutenir la régulation du système nerveux. Certaines approches thérapeutiques vont dans ce sens, tout comme des activités qui nous font intuitivement du bien : être dans la nature, pratiquer le yoga, danser ou aider les autres.

L’objectif n’est ni d’être calme en permanence, ni d’être toujours mobilisé, mais de retrouver un système nerveux souple, capable d’évaluer avec justesse la sécurité et le danger et d’y répondre de manière ajustée. La résilience, c’est cette fluidité.

Pour celles et ceux qui vivent avec les effets d’un trauma ou d’un stress chronique, retrouver cette souplesse est un processus qui permet peu à peu de sortir d’un fonctionnement dominé par la survie.

Pour aller plus loin

Stephen Porges
Chercheur, professeur de psychiatrie, il est le créateur de la Théorie Polyvagale et du Safe and Sound Protocol™.

Chercheur, professeur de psychiatrie, il est le créateur de la Théorie Polyvagale et du Safe and Sound Protocol™.

Deb Dana
Pionnière de l’application de la Théorie Polyvagale dans sa pratique clinique, et pour l’avoir rendu accessible dans un langage clair.

Pionnière de l’application de la Théorie Polyvagale dans sa pratique clinique, et pour l’avoir rendu accessible dans un langage clair.

Articles en lien

Théorie Polyvagale, Système Familial Intérieur, Mindfulness… Découvrez des contenus riches au sujet de tous nos thèmes essentiels !
Nous n'avons pas encore d’article sur ce sujet : promis, nous y penserons !
Nous sommes désolés, mais votre recherche n’a donné aucun résultat. Vous pouvez modifier vos critères de recherche pour trouver ce que vous cherchez.

Panier

Votre panier est vide.

Total 0,00 €