Les marqueurs génétiques peuvent transmettre les traumatismes d’une génération à l’autre

Les marqueurs génétiques peuvent transmettre les traumatismes d’une génération à l’autre

Article de Dawson Church

Je me sens traumatisée par l’Holocauste, même si je ne suis pas née à cette époque-là », a déclaré Judith, thérapeute de Brooklyn à l’occasion d’un cours de de gestion du stress que j’enseignais.

Je prends les expériences de mes clients au pied de la lettre, qu’elles aient ou non un sens pour moi. Les deux parents de Judith avaient survécu à l’Holocauste et, même étant née dix ans plus tard, elle tremblait visiblement lorsqu’elle en parlait. Ses craintes étaient évidemment très réelles et très troublantes pour elle, même si je ne comprenais pas vraiment comment elle pouvait être si profondément affectée par un événement qui ne l’avait pas touchée personnellement.

Aujourd’hui, une nouvelle étude de Rachel Yehuda, chercheuse de l’hôpital Mount Sinai, reconnue pour ses travaux antérieurs sur les niveaux d’hormones du stress chez les personnes atteintes du syndrome de stress post-traumatique (SSPT), fournit des indices génétiques pour ce qui est de ces influences intergénérationnelles.

Cette étude montre que les empreintes génétiques d’expériences traumatisantes peuvent être transmises d’une génération à l’autre de manière épigénétique (épi signifiant « au-dessus », autrement dit au-dessus des gènes).

Enfant traumatisé:

Yehuda et son équipe ont examiné 32 survivants de l’Holocauste. Il s’agissait d’hommes et de femmes juifs qui avaient été victimes ou témoins de torture, s’étaient cachés ou avaient été emprisonnés dans un camp de concentration nazi. En analysant les gènes de leurs enfants et en comparant les résultats à ceux des familles juives qui ne vivaient pas en Europe au moment de la Seconde Guerre mondiale, ils ont pu identifier des changements génétiques qui ne pouvaient être attribués qu’aux expériences de leurs parents avaient vécues durant l’Holocauste.

Jusqu’à tout récemment, les chercheurs pensaient que seuls les changements au niveau des gènes eux-mêmes pouvaient être transmis de génération en génération. Même si les gènes sont régulièrement activés par les influences épigénétiques de l’environnement – pensez aux gènes qui codent pour que l’adrénaline s’exprime en réponse à un quasi-accident sur l’autoroute – il n’existe aucun moyen plausible d’expliquer comment de tels changements pourraient être transmis aux générations suivantes.

Les expériences traumatisantes produisent des marqueurs moléculaires qui s’attachent à certains gènes, et les désactivent par la même occasion. Une étude du cerveau des schizophrènes a révélé que les gènes qui atténuent le stress – tout en étant encore présents et pleinement fonctionnels dans leur cerveau – étaient réduits au silence par un tel marquage moléculaire. Il en résulte un état de stress psychologique permanent.

Des études récentes montrent que certains de ces marqueurs épigénétiques peuvent se transmettre du parent à l’enfant. Des études menées auprès de mères atteintes d’un trouble dépressif majeur, par exemple, révèlent que leurs filles et même leurs petites-filles sont plus susceptibles de souffrir de dépression.

Monument de l’Holocauste à Moscou:

Les chercheurs ayant participé à l’étude sur l’Holocauste se sont penchés sur la région d’un gène connu pour être affecté par un traumatisme, et qui est impliqué dans la régulation des hormones du stress comme l’adrénaline et le cortisol. Des marqueurs épigénétiques ont été trouvés chez les survivants de l’Holocauste et leurs enfants, mais pas chez les membres du groupe témoin ou leurs enfants. Une analyse génétique plus poussée a exclu les effets d’un traumatisme que les enfants auraient pu subir indépendamment.

L’activation et la désactivation de ce gène affecte directement notre capacité à faire face au stress en modifiant la quantité d’hormones de stress synthétisées par notre corps. « Pour autant que nous le sachions, il s’agit de la première démonstration de la transmission des effets du stress antérieur à la conception entraînant des changements épigénétiques chez les parents exposés et leur progéniture chez les humains », a déclaré Rachel Yehuda, chef de cette équipe de chercheurs, dont les travaux ont été publiés dans la prestigieuse revue Biological Psychiatry.

L’impact de l’Holocauste sur les générations suivantes fait l’objet d’enquêtes depuis des années. Les scientifiques suypposaient que les changements générationnels ne pouvaient être transmis que par le biais d’un héritage génétique normal ou de l’influence sociale des parents sur l’enfant.

Cette étude montre clairement que les marqueurs épigénétiques peuvent se transmettre d’une génération à l’autre. Yehuda a déclaré que cela donnait aux chercheurs « l’occasion d’apprendre beaucoup de choses importantes sur la façon dont nous nous adaptons à notre environnement et dont nous pouvons transmettre la résilience environnementale ».

Des recherches récentes effectuées à l’université de Cambridge ont révélé que certains marqueurs étaient encore présents après la fécondation d’un ovule par un spermatozoïde. Si les gènes sont évidemment transmis pendant la reproduction, la façon dont les marqueurs uniques à l’expérience traumatisante d’un parent peuvent influencer l’information génétique de leurs enfants demeure un mystère.

 Il a déjà été démontré dans des études sur les animaux que la peur pouvait se transmettre aux générations futures. À l’université Emory d’Atlanta, les souris ont été formées à avoir peur de l’odeur de la fleur de cerisier en recevant un choc électrique au moment même où on les exposait à cette odeur.

Les descendants de ces souris avaient également peur de l’odeur, même s’ils ne l’avaient jamais sentie auparavant, de même que leurs descendants. Cependant, la progéniture de souris qui avaient été entraînées à avoir peur d’une odeur différente, ou qui n’avaient pas été entraînées du tout, ne montrait aucune crainte de l’odeur de la fleur de cerisier.

Source : https://www.huffpost.com/entry/genetic-tags-can-pass-tra_1_b_8068046

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